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Un chapelet de raisons

D’autres viendront encore quand tout aura été écrit, épuisé

aussi long que les jours et que les nuits

aussi lourd que le poids des mots qui se bousculent plus souvent qu’ils ne coulent

Autant de raisons que de raisons de vivre

Trouver un sens à la vie, à ma vie

Dire mieux et plus que la parole souvent maladroite et superficielle qui s’envole

Décrypter les silences

Expliquer les cris

Décortiquer les doutes

Dénoncer les révoltes

Démontrer la honte

Dénouer les colères après les avoir exprimées

Fleurir les tombes

Honorer les morts après les avoir déterrés

Raconter les histoires des autres après les avoir entendues

Parler au nom de ceux et de celles qui n’ont pas facilité de parole

parce qu’à moi elle m’a été donnée

comme à mon père, forte et aisée



Par mes parents, oui

dans tous les livres qu’ils m’ont offerts

dans les heures tardives, penchés sur leurs travaux

à chercher le mot juste

mais plus encore, parce que partage, une amie très chère

Des mots en cachette en classe

du morse chez les guides, un code entre nous

des petits cahiers noirs, noircis d’encre noire et bleue et verte

au gré des humeurs

Perdues de vue pendant dix ans, nos mots nous ont retrouvées

Depuis, des milliers de lettres

qui disent l’amitié scellée à vie

 

Faire beau

Faire littéraire si possible

Pour plaire

Dire aux gens que je les aime

Me faire aimer

M’aimer

jusqu’à l’épuisement parfois

jusqu’à me lever la nuit, réveillée par l’urgence de le dire.

 

Pour être entendue, pour être lue,

Publiée, publiée, publiée

Oh ! que j’aimerais pour gagner ma vie

Au Québec, si difficile

Non pour la gloriole ni la pérennité

non, simplement continuer, sans m’attarder à toute autre occupation

 

Pleurer ma peine

Consoler l’enfant en moi

Me réconcilier après avoir regretté

M’excuser

Comprendre


Tout et rien

Des petits riens, des listes

Ne pas oublier les bananes à acheter

Penser à la salade de betteraves à servir

Me souvenir des choses à faire

Me donner une raison de me lever le matin

Et de ne pas me coucher le soir

Le temps accordé si court

 

Pour oublier, m’évader

Conjurer le sort

 

Naître à ma vie

Goûter à l’allégorie, à la musicalité des mots

À cette douceur qui ne vient pas naturellement

L’inviter

Devenir tendresse

Laisser venir l’émotion sinon refrénée par la froidure des gens

du temps

Aller au-delà du regard des autres

Laisser couler le trop-plein

 

Cesser de parler aussi

Apercevoir le silence par delà le cumul des mots

Calmer la vague déferlante

Remercier

 

Sûrement copier

Tous ces auteurs admirés, lus,

dont je retiens à peine le nom, peu souvent le titre

mais toujours l’émotion ressentie, l’essentiel

Essayer de saisir cet essentiel

L’enrober dans un dédale de détails pour que les pages deviennent livres

Se servir de l’imaginaire

parce que l’essentiel, un diamant brut

une lumière aveuglante

Le dire dès la première page, dès la première ligne

On n’y verrait que du feu

Il lui faut une histoire

l’histoire d’une vie parfois

Jusqu’à être

Jusqu’à naître

 

Dans l’écriture des autres, j’ai trouvé leur vulnérabilité, leur sensibilité

Qu’on ne détecte pas dans l’effleurement des conversations.

Là que je m’y cache, là qu’on me déniche

L’écrit entraîne la mise à nu.

Dans mon écriture, le meilleur de moi-même

Tapi, enfoui

exploré

 

Laisser des traces

Moi qui n’ai pas d’enfants

En gestation souvent

qui souffre

qui crie

qui enfante pourtant

Rejetée souvent

qui marche vers la mort

mais qui jusqu’à ma mort

ne cesserai d’écrire

pour dire la vie.

  

Texte 1

Pourquoi j'écris

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