C'est par le son que je m'aperçois de mon réveil. Ma conscience le savait, me le disait mais il faut le chant d'un oiseau, le bruit d'une planche de bois qui craque, le saut de mon chien sur la galerie pour que mes sens réalisent et confirment ce que mon cerveau avait déjà remarqué. Sur le chemin de ma guérison parce que la maladie est venue me montrer la précarité de ma vie, sur le chemin de mon rythme nouveau, parce que je ne suis plus pressée de partir travailler à l'extérieur le matin, la deuxième pensée me réveille tout à fait. À la fois constatation et reconnaissance: je respire encore. Je suis encore en vie. J'aurais pu ne pas l'être. Il m'est donné une autre journée. Merci mon corps, merci mon âme divine.
Maintenant que je n'ai plus d'heure pour me lever, que le réveil-matin est débranché, que le temps ne se mesure plus par les «je dois» et les «il faut», je goûte le plaisir de m'éveiller à la vie, à ma vie. Seulement pour savoir s'il fait clair ou encore noir, j'ouvre un peu les yeux. Sachant pourtant que ce n'est pas cette façon de mesurer l'heure qui décidera de mon lever. Tout au plus une habitude qui se résorbe de semaine en semaine.
Être avec moi seule, être avec le soleil qui éclaire pour l'instant une toute petite partie du champ d'en face, reprendre contact avec cette énergie, le souffle et la lumière. Avant de me faire happer par les tribulations quotidiennes. Avec un peu de discipline d'ailleurs, avec cette heure consacrée à moi-même, à observer mes pensées, mes sentiments, à faire appel à mon soleil intérieur pour lui dire qu'encore aujourd'hui c'est lui qui conduira ma vie, avec pour seul bagage mon moi authentique, je ne me ferai justement pas happer par la vie. Au contraire, chaque geste, chaque regard, chaque mouvement, chaque parole couleront dans la joie. Je ne subirai pas, je serai.
Les mots, tout comme les modes, changent, évoluent, s'adaptent, se créent avec les décennies, les nouvelles tendances. Si mes mots sont différents d'il y a vingt ans, la nouveauté, pour moi en tout cas, réside non dans leur agencement, mais dans l'urgence d'être écrits. Dans ce qu'ils m'apportent avec leur assemblage. comme si leur création, disons leur venue, réussissait à me faire prendre conscience de l'existence de leurs dires. Depuis longtemps, je les laisse venir, je les écoute. Ils venaient de l'esprit, parfois du coeur. Cette fois, ils s'imposent d'un plus grand ensemble. Composés de la mésange qui passe, du bleu du ciel qui filtre à travers les branches, de la lune qui se couche, du silence paisible. Ils délaissent alors l'histoire contée, la musique sous-jacente et s'inscrivent dans l'essence même de ma raison de vivre, ils deviennent mes pas alors qu'ils n'étaient que chaussures.