Pourquoi aller ailleurs pour parler d'ici.
Pourquoi rêver d'ailleurs alors que je suis ici.
Pourquoi chercher ailleurs ce qui a toujours été ici.
Tant que je voudrai voir la mer, la penser plus belle, plus forte, plus emballante, plus thérapeutique, je ne verrai ni la terre, ni les arbres ni les chemins qui m'entourent.
Si j'ai déjà été de la mer, du grand vent et des voilures,
je suis maintenant des champs et des toitures. Et des gens d'ici.
Si j'ai déjà beaucoup déménagé sans prendre racine, aujourd'hui, je regarde mes pas tracer le chemin.
Et je suis fière d'autant d'où je suis que d'où je viens.
Tant de routes parcourues, tant de sentiers empruntés, tant de rivières rencontrées.
Sans savoir où j'allais. L'important étant d'y aller. D'essayer, d'avancer.
Pour le plaisir, l'aventure et la liberté. J'ai cru que c'était la réussite, la performance.
D'un chemin à l'autre, d'une maison à l'autre, sans attache, sans racine, sans regret.
J'ouvrais les portes et les fenêtres, les miennes, celles des autres.
Sans jamais entrer.
Je sautais les clôtures, m'y blessant, m'y acharnant.
Un beau matin, mon corps a refusé d'avancer, il a commencé à rêver, à chercher.
Il a vu l'ombre et la tempête. Le ciel grondait, les volets claquaient.
Je suis rentrée à la maison.
Regardant au-dedans, examinant au dehors.
Je me suis attardée au bord du lac et de la rivière, été comme hiver.
J'ai regardé, senti, écouté, pensé, pleuré.
J'ai vu l'eau des ruisseaux et celle de la mer.
J'ai senti l'eau de la pluie, des orages et celle de la fonte printanière.
J'ai marché dans l'eau qui charrie le sable des dunes.
Je me suis souvenue de l'eau du placenta d'où je viens.
Je suis de l'eau d'ici.
Je suis de l'au-delà.
Reposée, j'ai compris.
Il n'y a pas de chemins, il n'y a que des pas.
Il n'y a pas de lumière au bout du tunnel, je suis la lumière.
Et je n'y vais pas, j'y suis.
(Visions de la Petite-Nation, page 44)