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des textes
Mardi 2 juillet 2002
    
Comme la majorité des gens je suppose, à cause de la température et de l’humidité, j’avais eu de la difficulté à dormir. La sonnerie du téléphone me réveille à 7h10. Qui peut bien m’appeler à cette heure matinale? Ça doit être normal, je pense à mes parents dans ces cas-là, lequel est mort? Aucun, mais il y a bien mort : le presbytère est en train d’être démoli.

Ça y est. Depuis deux ans qu’il en est question. Je me rue au village, appareil photo à la main. Première impression, c’est comme un coup de poignard dans le dos : le monteur de grue commence par derrière. Je tremble tellement que je crains que les photos soient floues.

Il n’y a pas un an, en novembre, j’étais là, à côté, à  regarder l’église passer au feu. Ce matin, c’est pire encore parce que ce fut un choix. Le choix du conseil municipal, pas le mien. Ça fait mal. Ils auraient pu vendre les fenêtres au moins, les cailles électriques. Ils auraient pu envisager tellement d’autres possibilités. Depuis deux ans, on leur a dit ce qu’ils auraient pu faire avec ce bâtiment public. On ne détruit pas le patrimoine bâti. En quatre mois, un groupe a travaillé à rencontrer des experts pour leur prouver que le presbytère pouvait encore être rénové et utilisable. On leur a offert sur un plateau deux subventions possibles pour la sauvegarde, ils n’en ont pas voulu. Ils ont choisi la démolition. Depuis le début et malgré tous les essais de plusieurs personnes, ils s’y sont tenus à cette décision. Ils veulent le terrain pour construire une nouvelle salle (pour laquelle, eux, ils n’ont pas encore de subventions).

     7h30 : je photographie un des conseillers, un des plus farouches opposants à la sauvegarde. Pour lui, le bâtiment était fini, pourtant le bois craque, ce n’est pas du bois pourri qui craquerait. Pour l’instant je ne dis rien, je parlerai en novembre prochain, quand il se présentera aux élections municipales. S’il ose.  Non, je n’aurai rien oublié quoiqu’il en dise.

     8h10, le camion des ordures passe à la maison. J’ai envie de sortir et dire à mon chien de ne pas s’approcher de ces gens-là, ils seraient bien capables de le prendre et de le jeter au dépotoir lui aussi. Non, ni l’amour ni la compassion ne passent, la compréhension encore moins.

     9h00, j’y retourne. Que se passe-t-il donc dans cette municipalité qui voit disparaître un à un ses bâtiments et institutions : la caisse populaire fermera en octobre prochain et l’école qui vivote avec ses trois classes. Je ne suis pas sûre moi qu’on soit un phoenix qui renaîtra de ses cendres. Pourtant en 1902, il y a cent ans, nous avions les mêmes chances de développement que les autres municipalités naissantes, qu’en avons-nous fait?

   10h18, le dernier pan du devant est tombé. Devant la cloche rescapée de l’église, devant les colombes de la paix qui surplombent une fontaine, devant le panneau qui indique « Notre-Dame-de-la-Paix vous reçoit », le presbytère centenaire s’effondre. Belle réception en effet, belle paix aussi! Nous sommes maintenant une vingtaine, tous convaincus que la municipalité a fait le mauvais choix : nous avons été plus de 150 de la municipalité, et plus de 216 en comptant ceux de la Petite-Nation, qui ont donné leur appui pour la sauvegarde, mais est-ce vraiment une question de nombre, une question de qui a tort ou raison?

    Nous nous sommes promenés devant la maison de notre député fédéral en klaxonnant. Pour lui signifier notre désapprobation. Nous lui signifierons encore plus lors du prochain scrutin.  
 
    Pendant la pause du démolisseur, nous avons ramassé des morceaux de pierre, de bois, de stuc, des bouts de tapis, des cahiers, des volutes. L’idée vient de ramasser des bribes de patrimoine, d’en faire une sculpture. Peut-être même mettre à l’intérieur des photos, des textes. Dans 100 ans, les gens pourront ouvrir le coffre aux trésors et découvrir leur passé. Glorieux? Ce sera à eux de décider.  
Texte 7
Le presbytère de Notre-Dame-de-la-Paix est démoli
Des pages et des pages
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Le presbytèere aurait eu 100 ans en 2002
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